Kerian Thuillier
Département Informatique | Promotion 2018
« J'aimais particulièrement alterner entre les cours et le laboratoire, passer de la théorie à la recherche en quelques minutes seulement. Cette proximité avec les équipes scientifiques donnait vraiment le sentiment de faire partie du laboratoire et de contribuer, déjà, à une aventure collective de recherche. »
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
J'ai intégré l'ENS Rennes après deux années de licence informatique à l'ISTIC de Rennes. Dès ma première année de licence, je me suis renseigné sur les possibilités d'intégrer l'École et j'ai échangé avec plusieurs enseignants du département Informatique. À la fin de ma 2e année de licence, j'ai candidaté sur dossier au parcours Sciences informatiques avant d'être admis à l'issue des entretiens.
Qu'est-ce qui t'a donné envie d'intégrer le département informatique de l’ENS Rennes ?
Ce qui m'attirait avant tout, c'était la formation à la recherche par la recherche. Dès la licence, j'avais commencé à échanger avec des enseignants-chercheurs pour mieux comprendre ce qu'était réellement le métier de chercheur en informatique et ce qui le distinguait de l'ingénierie. Ces discussions ont confirmé mon envie de m'engager dans cette voie.
L'ENS Rennes représente une formation de référence pour celles et ceux qui souhaitent se tourner vers la recherche. Son approche, qui permet d'être confronté très tôt aux problématiques scientifiques, m’a tout de suite motivé.
Quelle compétence ou qualité penses-tu avoir le plus développé grâce à ce parcours ?
Je pense que ce sont mes capacités de communication. À l'oral d'abord, en apprenant à présenter des idées complexes de manière claire et accessible. À l'écrit ensuite, notamment à travers la rédaction de rapports, d'articles scientifiques et de documents de recherche. Cette exigence de pédagogie est essentielle dans le monde académique.
Qu'est-ce qui pour toi fait la force de cette formation ?
Pour moi, c'est la formation à la recherche par la recherche ! Dès la L3, nous sommes en contact avec les équipes de recherche de l'irisa et immergés dans un environnement scientifique où l'on échange directement avec des chercheurs sur de véritables questions de recherche, pas seulement des problèmes de cours. Cette proximité a été déterminante pour moi : la première chercheuse que j'ai contactée, Anne Siegel, est devenue ensuite ma directrice de thèse. Je n'aurais probablement jamais eu accès à ce type d'opportunité dans un parcours plus classique.
J'ai également beaucoup apprécié la liberté offerte par la formation pour explorer différentes thématiques. En dehors du tronc commun, obligatoire pour tout le monde, nous étions assez libres pour choisir nos options et ainsi construire progressivement notre parcours en fonction de nos centres d'intérêt. Cette ouverture m'a permis de découvrir de nombreuses thématiques avant de me spécialiser, notamment dans un domaine que je n'aurais pas forcément envisagé au départ, la bio-informatique.
Et niveau de la vie étudiante ?
J'appartiens à une promotion marquée par la période Covid, ce qui a forcément limité une partie de la vie étudiante pendant deux ans. Malgré cela, j'en garde un très bon souvenir, notamment grâce à la cohésion de promotion et aux relations que nous avons construites entre étudiants.
Quel conseil donnerais-tu aux futurs candidats ?
J'aimerais particulièrement m'adresser aux étudiants venant de l'université. Beaucoup pensent qu'intégrer une ENS est difficile parce qu'ils se sentent en concurrence avec les élèves issus de classes préparatoires. Pourtant, mon expérience a été tout autre : l'esprit qui règne à l'ENS Rennes est avant tout celui de l'entraide, bien davantage que celui de la compétition. J'ai toujours trouvé quelqu'un du groupe pour pouvoir m'expliquer les notions qui avaient pu être avoir en prépa que moi je n’avais pas vu.
Dans ma promotion, plusieurs étudiants venaient de l'université et nous nous sommes intégrés aussi naturellement que les autres. Chacun arrive avec des compétences différentes : les étudiants de faculté ont souvent déjà de solides bases en programmation, tandis que les élèves de prépa vont avoir de meilleures bases sur le volet théorique. Cette complémentarité est une richesse pour tous.
J'ai également beaucoup apprécié la disponibilité des enseignants et des chargés de TD et TP qui sont extrêmement patients et pédagogues. Ils prennent le temps d'expliquer, de réexpliquer et d'accompagner chacun afin que tous puissent progresser dans les meilleures conditions.
En quoi penses-tu que ton passage à l’ENS Rennes a été déterminant dans ton parcours ?
L'ENS Rennes a profondément orienté mon parcours scientifique. C'est là que j'ai découvert la bio-informatique, grâce à mes premiers projets de recherche et aux contacts noués avec les laboratoires dès la L3. Sans l’ENS, je n’aurais probablement pas été mis en contact avec ma directrice de thèse : tout mon parcours et mes stages auraient été sur des thématiques complètement différentes.
Ce qui me plaît dans la bio-informatique, c'est son caractère pluridisciplinaire. J'y retrouve à la fois l'informatique théorique, les mathématiques et leur application à des problématiques concrètes du vivant. J'aime beaucoup faire de la preuve et trouver les bons formalismes mathématiques, mais j’ai besoin qu’il y ait une vraie application pour mes travaux. Au quotidien, je dois formaliser mathématiquement des choses concrètes liées à des phénomènes biologiques complexes que j'essaie de modéliser. Je trouve ça passionnant !
J'apprécie également particulièrement le dialogue avec les biologistes, qui m'oblige en permanence à apprendre, à m'adapter et à explorer de nouveaux champs de connaissances.
Quel était ton sujet de thèse ?
Ma thèse s'intitulait : « Méthodes de satisfiabilité hybrides pour l'inférence de régulations booléennes contrôlant des réseaux métaboliques ». Mes travaux s'inscrivaient dans le domaine de la biologie des systèmes. L'objectif était de développer des méthodes permettant de mieux comprendre les interactions entre différents processus biologiques, notamment entre la régulation génétique et le métabolisme.
Plus concrètement, j'ai conçu des formalismes capables d'inférer automatiquement des mécanismes de régulation à partir de données expérimentales produites en laboratoire. L'enjeu était de mieux modéliser la façon dont les cellules adaptent leur fonctionnement en fonction de leur environnement.
Et ensuite ?
Après avoir soutenu ma thèse en septembre 2024, j’ai rejoint le LMF (Laboratoire Méthodes Formelles) à l’ENS Paris Saclay pour un post-doctorat de 2 ans en bio-informatique. À défaut d'avoir fait une mobilité internationale, j'ai fait une mobilité thématique pour travailler sur la paramétrisation de réseaux de réactions chimiques à partir de données expérimentales.
À partir du 1er novembre, je reste au même endroit, mais je change de statut : J’ai été nommé chargé de recherches CNRS. Je poursuivrai mes travaux sur la modélisation et la reconstruction de modèles de systèmes biologiques, que ce soit l'apprentissage de la régulation et la paramétrisation des systèmes.
Quel est ton meilleur souvenir à l'ENS Rennes ?
Je garde un excellent souvenir des projets de M1. J'aimais particulièrement alterner entre les cours et le laboratoire, passer de la théorie à la recherche en quelques minutes seulement. Cette proximité avec les équipes scientifiques donnait vraiment le sentiment de faire partie du laboratoire et de contribuer, déjà, à une aventure collective de recherche.
(Interview réalisée le 14/10/2026)
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Mise à jour le 20 octobre 2026