Jade Payan
Département Droit - économie - management | Promotion 2020
Le gouvernement de la biodiversité par les chasseurs et ses transformations contemporaines
Dir. Manisha Anantharaman (HDR), Centre de sociologie des organisations (CSO), Sciences Po Paris
Marie Piganiol, Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (IRISSO), Dauphine-PSL
Résumé. Depuis les années 1960, l’État conforte la légitimité des chasseurs comme régulateurs de la faune sauvage. Une série de réformes législatives a progressivement fait évoluer la pratique de la chasse, en la faisant passer d’une « chasse-cueillette » de subsistance, à une « chasse-gestion » rationalisée, suivant laquelle les chasseurs doivent assurer la régulation des populations de gibiers sauvages.
Depuis les années 2000, la gestion durable de la faune sauvage par les chasseurs a même été reconnue comme mission d’intérêt général, ce qui intègre pleinement les chasseurs comme acteurs de premier plan des politiques de biodiversité. Pourtant, l’institutionnalisation des chasseurs comme gardiens de la biodiversité se heurte à des critiques de plus en plus vives. Ces dernières sont d’ordre environnemental, social et économique, et fragilisent la légitimité de ce mode de gouvernement de la biodiversité. Comment expliquer, dans ce contexte, le maintien du rôle des chasseurs comme régulateurs de la faune sauvage ? À quels enjeux la chasse répond-elle et comment les chasseurs s’adaptent-ils à la nouvelle mission qui leur est confiée ?
Ce projet de thèse propose de répondre à ces questions en croisant les outils de la sociologie de l’action publique, de la sociologie de l’environnement et ceux de la sociologie économique. Il vise en particulier à restituer les politiques de la chasse, que nous définissons comme l’ensemble des institutions, des relations sociales et des arrangements entretenus par les acteurs publics et privés à différentes échelles pour encadrer la chasse en conciliant les enjeux environnementaux, sociaux et économiques de cette pratique. Cette thèse vise à contribuer à l’analyse des politiques environnementales en plein essor, à partir des politiques de biodiversité, qui restent moins documentées. Par ailleurs, en explorant les espaces frontières entre les disciplines, ce travail cherche à éclairer d’autres manières de faire de la sociologie de l’environnement.
Motivation
Parcours« Le choix de mon sujet de thèse s’inscrit d’abord dans la continuité des axes principaux de mes recherches, à savoir la conduite des politiques de biodiversité et la territorialisation de l’action publique. Ce choix tient ensuite à ma volonté de trouver un objet de recherche concret, que je puisse saisir « d’en bas » (bottum-up). En effet, mes travaux de master sur l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et sur les Zones à faible émission (ZFE) m’avaient conduite à me concentrer sur l’élaboration, en central, d’objectifs environnementaux et leur mise en œuvre descendante sur les territoires. À l’inverse, les politiques de la chasse ont la particularité de répondre à une logique ascendante : ce sont les pratiques traditionnelles locales de chasse qui sont progressivement encadrées pour correspondre aux orientations politiques définies par les pouvoirs publics. Parce que la chasse préexiste aux politiques qui la gouvernent, elle devient un objet tangible, qui peut être saisi par le bas. »
« J’ai intégré le département Droit - économie - management (DEM) de l’ENS Rennes après une CPGE D1. Au sein de cette école, j’ai reçu un enseignement riche et pluridisciplinaire. Après avoir obtenu ma licence de droit, j’ai suivi deux masters, en économie publique (IMEPP, Rennes) et en sciences sociales de l’environnement (Earth Law), qui m’ont ouverte à différentes disciplines académiques. Ce parcours universitaire, couplé à une expérience de recherche de terrain d’une année réalisée dans le cadre d’un service civique (Econogy Project, 2021-2022), m’ont convaincu de poursuivre sur la voie de la recherche en cultivant une approche pluridisciplinaire.
Diplômée par la suite d’un Master 2 en Sciences économiques et sociologies (EHESS, Dauphine-PSL, Les Mines), j’ai pu, lors de mon année de PréLab, me consacrer pleinement à la recherche en assistant une sociologue, Marie Piganiol, maîtresse de conférences à l’université Paris-Dauphine, dans ses travaux. Cette année m’a permis de me former à la recherche collective et de bénéficier des conseils de chercheurs et chercheuses aguerries. Elle m’a par ailleurs permis de valoriser mes propres travaux de master dans des publications académiques. »
- Thématique(s)
- Débouchés, Recherche - Valorisation
Mise à jour le 21 août 2026
- Portfolio des thèses 2025Quelques illustrations de sujets